Lettre ouverte au SG
de Gérard Tollet
Qui ne dit rien consent !
Lettre ouverte au SG
de Gérard Tollet
Lettre ouverte au secrétaire général de notre syndicat, le SNESUP,
suite à l’appel* de la CAN d’hier (11/12/2025) qui ignore le danger militariste actuel et les dépenses correspondantes.
Bonjour Emmanuel, Cher Camarade,
En tant que retraité syndiqué, ancien membre du Bureau National mais toujours actif et très attentif à nos actions et positions, je viens de découvrir l’appel de la Commission Administrative Nationale du jeudi 10 décembre dernier et j’ai été abasourdi à sa lecture par l’absence de dénonciation de la marche à la guerre. C’est ce qui explique ce courrier exceptionnel qui t’est adressé en tant que secrétaire général mais qui concerne en fait tous les membres de la CAN.
En effet, cet appel est autocentré ESR et ignore totalement ce qui s’est passé depuis un mois à savoir, l’appel des généraux à sacrifier la jeunesse, le vote le jour même à l’Assemblée Nationale d’un budget militaire en hausse (+6,5 milliards d’euros), les déclarations bellicistes de dirigeants politiques dressant les peuples les uns contre les autres, la propagande journalistique préparant les consciences au pire…
Comment ne rien dire après les déclarations scandaleuses des généraux considérant les jeunes et les étudiants comme de la simple chaire à canon ? Comment fermer les yeux et enseigner aux étudiants comme si de rien était ? Est-ce comme cela que nous envisageons l’avenir de nos étudiants ?
Comment ignorer et ne pas dénoncer les dépenses croissantes et dangereuses de surarmement alors que le gouvernement nous fait croire qu’il n’y a pas d’argent pour l’ESR, pour le social, les salaires, l’emploi, etc ?
Comment se taire sur la loi de programmation militaire qui prévoit d’augmenter de 47% les dépenses d’armement en 6 ans ?
Idem concernant les 800 milliards débloqués par l’Europe pour le surarmement ? Et sur la volonté d’aller encore plus loin en obtempérant aux demandes de l’OTAN et des États-Unis de faire croître ces dépenses jusqu’à 5 % du PIB ?
Comment rester insensible et muet alors que les budgets mondiaux atteignent aujourd’hui des niveaux record passant de 1000 milliards de dollars en l’an 2000 à 2740 milliards en 2025, tandis que les peuples s’appauvrissent, que les inégalités s’accroissent et que la misère fait des ravages ?
Ce silence assourdissant ressemble à s’y méprendre à « l’union sacrée » de 1914 et on sait ce qu’il advint ! Les va-t-en-guerre actuels n’attendent qu’un prétexte pour allumer le brasier où périrons des millions de jeunes sur le nouvel autel du profit des marchands d’armes et du capital. Ne soyons pas complices !
On pourra me rétorquer que c’est un oubli momentané des rédacteurs de cet appel. Cependant, je ne peux oublier que lors des deux derniers congrès d’orientation du SNESUP (2023 et 2025), des motions sur la Paix et le désarmement ont été refusées ou écartées par des manœuvres honteuses, tournant le dos à l’histoire même de notre syndicat mais aussi à d’illustres savants syndiqués qui ont mené des combats glorieux sur ce sujet fondamental.
Ne pas dénoncer les discours guerriers et les sommes colossales consacrées aux œuvres de mort alors que tant d’argent manquent pour le bien commun, ne pas œuvrer pour un monde de Paix, tout ceci est une très lourde faute du SNESUP.
Il ne fait aucun doute que le capital et ses représentants, confrontés à une forte crise de défiance citoyenne (diffuse et peu canalisée malheureusement) mais ne voulant rien lâcher, cherchent une issue dans un nouveau cataclysme mondial aux conséquences inimaginables. Il ya urgence à stopper ces va-t-en-guerre dangereux avant qu’il ne soit trop tard et c’est l’intervention citoyenne qui sera décisive pour cela. Certains syndicats responsables, conscients qu’ils défendent les intérêts des salariés-citoyens bien au-delà du simple salaire et des conditions de travail, commencent à s’exprimer pour dénoncer cette marche suicidaire à la guerre. Il est encore possible mais urgentissime que l’exécutif et la CAN du SNESUP se ressaisissent avant de perdre toute crédibilité ! J’ai encore un espoir, bien qu’il soit inversement proportionnel à ma colère.
Refusons que l’avenir de nos enfants, de nos étudiants soit écrit dans la peur et le sang. Refusons que la jeunesse paie de sa vie les erreurs et les renoncements des grandes puissances. Exiger la Paix, ce n’est pas un rêve naïf : c’est la condition même de l’avenir de tous!
Salutations syndicales fraternelles et vigilantes.
Gérard TOLLET.
* 6 membres sur 37 présents ont refusé de voter le texte en l’état.